Tous les articles par Kristin Enez

Bizarrerie de Losquet !

C’est en explorant le territoire île-grandais sur l’excellent site “Géoportail

qu’une grande surprise apparaît

sur une photo de lîle Losquet (vers 1948 -1950)

On y aperçoit très nettement

un géoglyphe* représentant une barque

* Géoglyphe : grand dessin à même le sol, pouvant être réalisé en positif par entassement de pierres, graviers ou de terre, ou inversement, en négatif, par enlèvement de ces derniers.

Cliquez sur l’image ci-dessous pour agrandir la vue dans un nouvel onglet

Au début des années 60, un pylône 200 mètres de haut a été érigé sur Losquet. Il permettait de tester les équipements du radôme (appareils électroniques, radars et la fameuse antenne “cornet”.

Sur les deux photos ci-dessous,  malgré la construction du pylône et de son socle, le géoglyphe est encore très visible !

Les vues aériennes d’aujourd’hui ne permettent plus de l’apercevoir : Est-il recouvert de végétation ? A-t-il été détruit lors du démontage de l’antenne dans les années 85 ?

La photo en couleur est un extrait tiré du site Patrimoine.bzh

Celle en noir et blanc est extraite d’un article du Trégor du 3 mai 2018 et publié sur le Web.

Le site “Géoportail” propose des outils qui permettent une approximation des mesures du géoglyphe

Nul ne peut dire à quelle époque cet étrange dessin a été réalisé ni qui en est l’artisan. Rêvons un peu…

Tous les peuples des bords de mer ont pu vouloir représenter ces navires intimement liés à leur histoire : pêche, échanges commerciaux, conquête de territoires, voyages et croyances.

Toutes les hypothèses sont permises !

Est-ce le canot de cuir, le Curragh ?

Aux IVe et Ve siècles, les Anglo-Saxons envahissent le sud de l’ile de Bretagne, tuent et détruisent tout sur leur passage. Beaucoup de Bretons de Cornouailles et de Cambrie fuient en barque vers l’Armorique (familles, tribus entières, moines). Leur navire est un frêle esquif en bois, lesté par des pierres et recouvert de cuir. Il a, toutefois, la grande qualité de supporter des conditions de mer éprouvantes.

(Les plus petites embarcations mesuraient 5 mètres. Les plus grands de 12 à 22 mètres, pour respectivement 20 à 30 personnes).

Est-ce le “bag noz (la barque de nuit) ?

Barque des légendes celtiques dont une voile blanche apparaîtrait dès qu’elle a le défunt à son bord… L’historien Procope y fait référence au VIe siècle.

Est-ce la reproduction d’un “Naglfar viking” ?

qui daterait peut-être de l’époque où ils se sont installés dans notre pays (début du Xe siècle). L’inhumation en bateau faisait partie de leurs rites funéraires…

La réalité nous a rattrapés…

Ce géoglyphe a été façonné par les soldats allemands pour servi de cible aux aviateurs pendant la guerre 39-45.

Plusieurs obus ont été retrouvés dans la zone de Losquet.

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Comment interpréter “Kastell”

Rien qu’en se limitant à une zone comprise entre Ploumanac’h et Trébeurden, plusieurs « Kastell » (voire « château ») désignent des falaises rocheuses.

« Ce terme, qui signifie littéralement Château  désigne le plus souvent des rochers escarpés ruiniformes, des falaises abruptes (qui ont été volontiers utilisés, dans la préhistoire, pour asseoir des fortifications faciles à défendre). Source : Toponymes nautiques en Basse-Bretagne (H. Dyèvre) – In Annales de Bretagne. Tome 65, numéro 4, 1958

La population littorale y accourait en cas d’alerte.

Des traces d’habitats perchés sur des pitons rocheux ont été retrouvées en plusieurs points du littoral trégorrois comme au Château du Diable, près de Pors-Rolland, à Ploumanac’h. Source : P.R. GIOT – Chronique de Préhistoire et de protohistoire des C-d-N. – Société d’émulation des Côtes du Nord 1949

Ces habitants ont laissé des « souvenirs » dans la toponymie et il semble que les lieux-dits « Kastell», pourraient désigner l’emplacement d’anciens « castella » (camps fortifiés sur les promontoires). Source : BERNIER – Mem. Soc. Polym. Morbihan (1955-56) en C.R. dans les Annales de Bretagne (1959)

Kastell : reste de fortification gallo-romaine ou préhistorique –  Castellum le mot latin pour un “château, lieu défensif, poste militaire”.   Source “site “Grand terrier”

« L’utilisation du relief est sans aucun doute le facteur primordial d’implantation des sites fortifiés. Ils sont majoritairement situés sur des éperons ou sur des promontoires délimités soit par l’océan, soit par la confluence de deux ruisseaux ou de deux rivières ou bien sont implantés sur des rebords de sommets de collines ou de plateaux… » Sources : Les enceintes fortifiées de l’âge du fer dans le FinistèreP. MAGUER 1994

À l’île-Grande, Kastell Erek et Kastell Vran pourraient être de ces anciens camps mais ces caps ont été tellement travaillés par les carriers depuis plus d’un siècle qu’il est impensable d’espérer y retrouver des traces de ces habitations gauloises.

Il est évident qu’en l’absence de preuves, il n’est pas possible de démontrer que ces lieux aient pu être des sites fortifiés de l’âge du Fer. Ce ne sont que des hypothèses.

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Curiosités hétéroclites île-grandaises

 

Les laisses de mer

La mer abandonne sur l’estran une litière de résidus organiques et d’éléments créés par l’homme.

Ces derniers, objets du plus grand des mépris, ont suscité l’intérêt d’Anne, promeneuse infatigable des grèves d’Enez Veur et de ses îlots.

Viennent-ils de loin ? de très loin ? Quel voyage ont-ils entrepris ? À qui appartenaient-ils ?  Qu’est-il donc arrivé à leur propriétaire ?

Ils se sont laissés porter au gré des vents et des courants…

“Objets inanimés, avez-vous donc une âme …”

Anne réside régulièrement sur l’Ile Grande depuis une douzaine d’années.

Elle ramasse, lors de ses promenades sur les grèves et les îlots environnants, des objets naturels ou des artefacts déposés par la mer (bois flottés,  plastiques, graines, cordages…).

Elle les valorise sous forme d’assemblages représentant des silhouettes, animaux, bateaux, etc.

Elle s’impose, pour les concevoir, de ne faire subir aucune transformation aux matériaux patiemment récoltés et c’est la diversité des formes naturellement sculptées par la mer qui l’inspire et qu’elle recherche.

Pour agrandir les images, cliquez sur une de celles de la galerie ci-dessous

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

On se “coiffait” à Enez Veur !

Qu’elle a fière allure, notre mamm, en coiffe du Trégor !

Mamm ne sort jamais “en cheveux” !

Chaque matin, munie d’un peigne et d’épingles à cheveux, elle modèle sa chevelure et se pare de sa coiffe. Celle  “de tous les jours” n’est pas celle “du dimanche” ou “des grands jours ! Pour aller à la grève ou au champ, elle en porte une autre bien particulière

Mais rien ni personne ne l’empêchera de porter la coiffe du Trégor.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Si elle reste à la maison ou à la ferme, mamm met sa toukenn de tous les jours, celle en simple fil.

C’est plutôt pour rendre visite à la famille que les rares femmes qui en possèdent portent la touken brodée.

Mais dans les grandes occasions

noces, enterrements, voyages ou jours de pardon,

mamm ajuste avec soin sa coiffe des grands jours (la cornette).

Adèle Garel (surnommée “vir bihan”), élégante île-grandaise en visite au Havre.

Elle porte, pour l’occasion, sa belle coiffe d’apparat : la cornette.

(Elle était mariée à Arsène Graviou et habitait derrière les “Triagoz” près de chez Juliette).

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Au lavoir, sur la grève (à la pêche ou pour ramasser du goémon), la kalaboussen la protège du soleil, du vent et des embruns.

Ci-contre, une île-grandaise à Toul Gwenn dans les années 50.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Carte postale ancienne bien connue des île-grandais : Monen, Lolez et Katoïg, toutes trois coiffées de la kalaboussen sorte de charlotte en cotonnade légère. Lolez porte un panier de crabes et de moules

Mamm possède plusieurs toukenn et une cornette.

Elle préfère s’adresser à la repasseuse de coiffe qui les lave et les amidonne avant de procéder au minutieux travail de repassage.

Avant que le métier de “repasseuse de coiffes” ne disparaisse, l’INA a su l’immortaliser en filmant, en 1970, Madame Le Louet de Squiffiec.

 

Cliquez sur la flèche pour démarrer la vidéo

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Coiffes et costumes du Trégor

Le Pays du Trégor (Bro Dreger) désigne un territoire de Basse-Bretagne compris entre le Dossen (rivière de Morlaix) à l’ouest, le Trieux à l’est, le Leff au sud-est et les Monts d’Arrée .

Il englobe le nord-ouest des Côtes d’Armor et une petite partie du nord-est du Finistère. Ainsi, plusieurs communes finistériennes sont dans le Trégor et même la partie de Morlaix à l’est du Dossen.

Grâce à ses limites naturelles, historiques et religieuses, le territoire du Trégor, présente une unité dans la tenue vestimentaire de ses habitants.

La toukenn et la cornette

 

Coiffe de mon pays, aucun ruban profane

Jamais n’a déparé ta grâce diaphane :

 

 

 

 

Ton élégance est toute en ta simplicité.

A. Le Braz

La toukenn – Primitivement, la coiffe du Trégor n’était pas celle” de la toukenn que nous avons connue “mais une coiffe à barbes pendantes” (bandes de dentelle ou de toile fine bordée de dentelle).

En 1830, à l’extrême ouest du territoire trégorrois les coiffes ont les barbes relevées.  ; “le fond s’affaisse pour former une sorte de poche tombante“.

En 1839, la coiffe a subi une évolution extrêmement rapide : barbes  pendantes et tronquées, fond complètement affaisséune sorte de large sac le « poch plat ». C’est la mode léonarde de Landivisiau et de Morlaix qui exerce son influence et pénètre ainsi le Trégor…”

En 1850, elle est parvenue à Lannion sous la forme quasi définitive de la toukenn.”

En 1870, elle a conquis tout le territoire trégorrois… elle est devenue le symbole de la province du Trégor.”

Extraits et illustration du Costume breton (R.Y. Creston)

Légères variantes de la toukenn entre Lannion et Tréguier

 

 

 

La cornette – La grande cornette se porte avec le costume de cérémonie. Ses “ailes” sont repliées en arrière et fixées au sommet.

Le Kalaboussen

« … sur les côtes nord du Léon, … une coiffure particulière à cette région, potée par les goémoniers le kalaboussen. »

Cette coiffe est aussi portée par les femmes qui vont pêcher à la grève et même au champ.

Le kalaboussen, sous la forme que nous lui connaissons, n’aurait été signalé qu’en Cornouaille anglaise. Il est très voisin de la hetta des îles Ferroë ! Il ressemble à la coiffe de Plouescat. (1)

(1) Source : Le costume breton

Le costume breton

Le costume féminin se compose de

  • la coiffe : toukenn ou cornette
  • le corsage : il se ferme sur le devant avec plusieurs boutons
  • la jupe : elle est longue et en satin, taffetas etc.
  • le tablier : en velours, en satin, en moire ; au XXe il est à la ceinture ; les poches sont en aumônière.
  • le châle : A partir de 1860, le grand châle remplace le “mouchoir” des  trégorroises, certainement sous l’influence de la mode parisienne.

C’est surtout dans la région côtière du Trégor qu’a été porté le “châle tapis” ou “châle des Indes“.  (importé à l’origine par les marins au long cours).

Quant aux châles noirs, ils ont pu être importés par les caboteurs trégorois qui assuraient le cabotage avec l’Angleterre.

Les femmes mariées sont en noir, les jeunes filles en blanc.

Le costume masculin

Dès la fin du XIXe siècle, le costume citadin remplace peu à peu le costume traditionnel.

Toutefois, dans les années 50, le dimanche, quelques hommes âgés arborent fièrement chapeau à guides, pantalon à rayures et gilet.

Mariage à Tréguier en 1992 : la mariée porte un costume noir dont la jupe est bordée de fleurs blanches. Les coiffes peuvent être des toukenn ou des cornettes pour une cérémonie. Les hommes portent une tenue de citadins.

Et… le botoù koad

Il a longtemps permis de garder les pieds au sec !

Nos anciens ajoutaient de la paille pour avoir un peu de chaleur.

Plus tard, les chaussons à semelle de feutre l’ont remplacée. Non seulement ils tenaient plus chaud mais ils étaient indispensables pour avoir l’autorisation de marcher sur le parquet que mamm avait “briqué” !

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Qui administre la commune de Pleumeur-Bodou

La réponse à cette question se trouve dans le registre des délibérations du Conseil Municipal de Pleumeur-Bodou, dont Pierre STRNISTE a extrait les passages ci-dessous.

Au 19ème siècle, la commune de Pleumeur est administrée par un Conseil municipal qui “s’adapte” aux divers gouvernements de la France et aux profonds changements de régimes.

Il prête serment de leur être fidèle et obéissant et ne recule devant aucune manière de prouver son attachement !

Le 25 septembre 1814 – Serment d’obéissance et fidélité au Roi

Contexte historique  : Première restauration de la monarchie

Louis XVIII, Roi de France et de Navarre du 6 avril 1814 au 20 mars 1815

À l’invitation de Monsieur le Sous-Préfet de Lannion et sur convocation de Monsieur Le GUILLOUZER, Maire de Pleumeur-Bodou, le Conseil Municipal prêta serment :

« Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roy, de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun Conseil et de n’entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité et, si dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs, j’apprends qu’il se trouve quelque chose à son préjudice, je le ferai connaître au Roy »

Mais Napoléon rentre de l’île d’Elbe et…

Le 26 avril 1815Serment d’obéissance aux constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur

Contexte historique : Second gouvernement de l’Empereur Napoléon 1er Empereur (Du 20 mars 1815 au 7 juillet 1815 – « Les Cent jours »)

Monsieur Le GUILLOUZER, Maire de la commune de Pleumeur-Bodou, à l’invitation de Monsieur le Sous-Préfet de Lannion, fait prêter à son Conseil Municipal le serment suivant :

« Je jure obéissance aux Constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur »

Or, quelques mois plus tard, Napoléon fut battu à Waterloo et…

Le 1er octobre 1815 – Serment de fidélité au Roi et obéissance aux lois du Royaume

 Contexte historique : Seconde restauration de la monarchie. Louis XVIII est Roi de France et de Navarre (Du 8 juillet 1815 au 16 septembre 1824)

« En vertu de la lettre de Monsieur le Sous-Préfet de Lannion », Monsieur SALAÜN pierre accepta les fonctions de Maire de la commune et prêta serment « de fidélité au Roi et obéissance aux lois du royaume ».

En un an, trois serments différents furent prêtés par ce Conseil Municipal « fidèle et obéissant », mais l’histoire continue et…

Le 25 mars 1821Témoignage de son attachement au régime (souscription pour l’achat de Chambord)

 Les membres du Conseil Municipal de Pleumeur-Bodou

« Voulant offrir à S. A. Royale Monseigneur le Duc de Bordeaux, une marque de son attachement, sont d’avis d’une voix unanime, de souscrire à une somme de soixante-dix francs pour l’acquisition de Chambord, laquelle somme sera prise sur les fonds disponibles de cette commune »

Le 4 août 1835Assurance du dévouement sincère des fidèles sujets du Roi

Contexte historique  : Louis Philippe, Roi des français (Monarchie de Juillet) Du 9 août 1830 au 24 février 1848

 À la suite de l’attentat de Fieschi, du 25 juillet, le Conseil Municipal adresse à sa Majesté Louis Philippe Roi des français, la lettre suivante :

« La nouvelle d’un lâche et horrible attentat dirigé sur votre Majesté et son auguste famille et qui a produit un si funeste effet sur une partie de nos illustrations militaires a ému la population entière de Pleumeur-Bodou.

En conséquence, le Conseil Municipal de cette commune s’empresse de vous témoigner ses sincères regrets et la profonde indignation que lui inspire une pareille crise et vous prie, Sire, d’agréer l’assurance du dévouement sincère de vos fidèles sujets ».

Le 20 mars 1848 – Adhésion au Gouvernement républicain

Contexte historique : IIème République (Gouvernements républicains) – Du 24 février 1848 au 2 décembre 1852

Le conseil municipal de la commune de Pleumeur-Bodou « est d’unanimité d’avis d’adhérer au Gouvernement républiquain » (sic)

Et c’est ainsi que…

Le 3 août 1848

Lors de l’élection du Maire « le citoyen Nompère de Champagny a obtenu la majorité absolue des voix et le président l’a proclamé Maire de la Commune »

Mais, 4 ans plus tard…

Le 2 mai 1852

Monsieur de Champagny démissionne de ses fonctions de Maire car il refusait « ayant prêté, il y a 37 ans, le serment solennel de Chevalier de Saint-Louis » de prêter le nouveau serment prescrit par la circulaire du Préfet

« Je jure obéissance à la Constitution et fidélité au Président »

M. de Champagny fut remplacé dans ses fonctions par Monsieur J. M. SALAÜN qui

 

Le 7 février 1853Serment d’obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur

Contexte historique : Second empire – Louis Napoléon Bonaparte, Empereur (Du 2 décembre 1852 au 4 septembre 1870)

« Jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur »

Le 5 décembre 1852

Le conseil municipal vota la somme de 150 francs pour « la célébration de la Grande Fête Nationale de Sa Majesté Louis Napoléon III, Empereur des français »

 Somme portée l’année suivante à 216 francs « pour la Grande et Solennelle Fête de l’Empereur ».

Mais, encore plus zélée, se montra l’assemblée municipale quand

 Le 8 août 1859

À l’occasion des victoires remportées par l’armée d’Italie, le conseil adresse à « Sa Majesté Napoléon III, Empereur des français »

La lettre suivante :

« Sire, si Boileau trouvait une matière pour féliciter le Duc de Vivone sur son entrée dans Messine, quel sujet le Conseil Municipal de Pleumeur-Bodou ne trouve-t-il pas pour vous féliciter de la glorieuse conquête que vous venez de faire sur les ennemis de la France, comme un second Xerxès votre bonté s’est exercée à les rendre disciplinablement… »

Le Conseil Municipal, fidèle et obéissant, ne consacrait pas toutes ses séances aux prestations de serments… Il lui arriva donc de trouver d’autres façons de témoigner son attachement au régime.

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Profonds désaccords Ile-Grande-Pleumeur !

Ce travail de recherche est issu du dossier de Pierre STRNISTE (Professeur d’histoire) -réalisé dans les années 70/80- que sa famille a eu la gentillesse de me confier. 

La révolution de 1789 a dépossédé de ses biens la Seigneurie de l’ “Islegrand“.

Pour une bonne partie, les terres cultivées revinrent à leurs exploitants (domaniers, exploitants de convenants  ) cependant que les landes et les pâtures devinrent propriété communale.

Terrains

devenus

propriété

communale

Dès la première moitié du XIXème, un fossé se creuse entre la population île-grandaise et la municipalité de Pleumeur-Bodou : Les intérêts de la population pleumeuroise sont totalement différents de ceux de l’île.

1. Qu’arrive-t-il aux terres île-grandaises devenues biens communaux ?

1830

(19 sept.)

Monsieur Le Coz est installé dans ses fonctions de Maire.

1831

(14 mai)

Des problèmes

concernant les

terrains communaux

commencent à se poser.

« … considérant que les sieurs Marc NICOLAS, cultivateur demeurant à Trébeurden, Pierre DANIEL, batelier demeurant à Pleumeur-Bodou et quelques autres individus ont empiété sans aucune autorisation sur les terrains que possède la commune à l’île-Grande, notamment Pierre DANIEL en s’emparant une portion de terrain dans le Dourlin,

Le Conseil municipal présidé par M. J. L. Le COZ est d’avis que la commune soit autorisée à poursuivre les usurpateurs de terrains communaux. »

1835

(9 mai)

Poursuivre

les individus

qui utilisent les

terrains communaux

À la suite de nouvelles usurpations de terrains communaux, le Conseil,

« … considérant qu’il est urgent de forcer les individus qui se sont permis de s’emparer des biens communs à les rendre à leur vrai propriétaire qui est la commune…

Est d’unanimité d’avis d’autoriser Monsieur le Maire J. L. Le COZ à poursuivre indistinctement tout particulier qui se serait rendu coupable de ce délit ».

1836

(7 mars)

La municipalité

a besoin d’argent

pour reconstruire

le Presbytère de Pleumeur…

Le Conseil municipal

« … considérant que la commune possède des biens communaux dans l’île-Grande qui ne profitent qu’aux habitants de l’île, tandis qu’il est de toute justice que la commune entière en jouisse »

Est d’avis

Qu’il soit vendu à l’île-Grande les terrains communaux dont les plans figuratifs sont joints à la présente délibération, pour ces fonds être employés à la reconstruction du Presbytère ».

Et, en 1838…

Grande braderie…

Les terrains suivants furent adjugés :

  • N° 11 : Crec’h al Lannic
  • N° 31 : Ru Losquet
  • N° 85 : Dour Lin
  • N° 433 : Notenno Bihan
  • N° 485 : Lan Kervoalant
  • N° 568 : Lan Kervegan
  • N° 601 : An Hervirio Bihan
  • N° 708 : Crec’h ar Loët
  • N° 784 : An Herve Illio Bihan

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

Tous les terrains communaux situés à l’île-Grande sont vendus, à l’exception toutefois d’ «Enez Toul es Stam» et du cimetière.

Le produit de ces ventes fut-il insuffisant pour assurer la reconstruction du presbytère de Pleumeur-Bodou ? Toujours est-il que le Conseil municipal fit encore les démarches nécessaires auprès du gouvernement pour être autorisé à vendre :

1838 (9 mai)

L’île Canton et de l’île brûlée sont vendues.

1839 (7 avril)

L’île “Toul es Stam” est vendue.

2. La colère des île-grandais

Outrés et furieux de voir ce Conseil brader les terrains que la Révolution avait rendus à la communauté,

les île-grandais demandèrent que l’île-Grande fut détachée de Pleumeur-Bodou.

1842

(22 octobre)

Pleumeur a besoin des engrais de l’île

Pleumeur considère que l’île est privée des bienfaits de la religion

Pleumeur accepte d’ériger l’île en succursale de la paroisse 

Pleumeur refuse de participer aux frais d’entretien

Pleumeur refuse que l’île-grande devienne une commune

 

Réponse à cette requête dans la délibération du Conseil municipal

Le Conseil

« … considérant que cette île ainsi que l’île à Canton et l’île brûlée auxquelles elle donne message ont de tous temps fait partie de la commune de Pleumeur-Bodou et lui sont de toute utilité pour ses engrais qu’elle ne peut se procurer ailleurs, s’oppose pour toujours à ce que ces îles soient détachées pour le civil de Pleumeur-Bodou ;

 Mais considérant aussi que cette île est souvent privée des bienfaits de la religion, tant par la difficulté qu’elle éprouve à communiquer avec la terre ferme dans les mers hautes que par son éloignement du bourg de Pleumeur-Bodou ;

Considérant les sacrifices que M. Bidau, curé de Lannion se propose de faire en faveur de cette érection future, de doter l’île d’un presbytère avec des dépendances suffisantes pour loger convenablement le desservant qui y serait nommé ;

 Considérant d’ailleurs que cette île possède une chapelle et un cimetièrecapables de contenir sa population ;

 Déclare consentir à l’érection de cette île en succursale à la condition expresse que l’entretien du presbytère, de l’église et du cimetière demeure au compte exclusif de la fabrique (1) de cette nouvelle succursale et sans la participation de la commune de Pleumeur-Bodou

 Mais S’OPPOSE POUR TOUJOURS À SON ÉRECTION EN COMMUNE. »

(1) Fabrique : personnes (clercs et laïcs) nommées pour collecter et administre les fonds nécessaires à la construction et à l’entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse. Les frais d’entretien incombent donc à l’île-Grande !

Ainsi, le Conseil municipal acceptait de se débarrasser des charges que représentaient « les bienfaits de la religion » en proposant l’érection de l’île en succursale.

Pour le civil, l’île restait enchaînée à Pleumeur-Bodou.

Cependant, si le principal empêchement invoqué par la municipalité est de poids, à savoir que le besoin en goémon que les pleumeurois prétendaient ne pouvoir se procurer ailleurs, il est possible que le Conseil n’ait pas exposé, dans sa délibération, toutes les raisons de son « attachement » à l’île-Grande.

Cliquez sur ce lien pour avoir un aperçu de la façon dont la commune était administrée : “Qui administre la commune de Pleumeur-Bodou

1846

(8 juillet)

Un délit d’initié ??? !!!

« … délibérant sur l’exposé fait par le Sieur Jean-Louis Le Coz l’un des membres du Conseil municipal concernant le terrain communal, par ce dernier acheté dans l’île-Grande consistant dans le n° 85 du plan cadastral, sous le nom de Dourlin.

Il avait cru par erreur que le placître dit “de la Croix” en dépendait, et, fondé sur cette croyance, il aurait concédé au Sieur Louis Durand, tailleur de pierres à l’île-Grande, un terrain pour construire pour une somme de cent francs.

Le dit Le Coz, reconnaissant son erreur, se propose de verser entre les mains de M. Le Maire, la dite somme de cent francs. »

Est-il besoin de rappeler que ce Sieur Jean Louis Le Coz, conseiller municipal, avait été maire de la commune de septembre 1830 jusqu’en février 1838 (curieuse coïncidence…) et que c’est à son instigation qu’avaient été décidées les ventes des terrains communaux de l’île-Grande.

Passe encore de priver les île-Grandais de landes et de pâturages en faisant brader, par la Municipalité, les terrains communaux pour pouvoir se les offrir à vil prix, mais vendre, même en partie, des terrains de la commune à son propre profit… curieuse façon de concevoir l’administration des biens publics !

Un demi-siècle plus tard…

Le problème n’était toujours pas résolu lorsque M. de Champagny, qui se présentait à l’élection du Maire depuis 1871 et ne recueillait que sa propre voix

fut enfin élu le 15 avril 1888

et réélu le 15 mai 1892 puis le 17 mai 1896,

quelques jours après l’arrivée dans notre île du romancier Joseph Conrad qui utilisa les observations  qu’il put faire au cours de son séjour dans les nouvelles qu’il écrivit à cette époque.

S’inspirant d’un drame familial local, Joseph Conrad écrivit en 1896 « The idiots » dont il situa l’action dans un village nommé « Ploumar » (le nom est à peine déformé !) administré par le « Marquis de Chevanes ».

Or, l’auteur n’ayant pas précisé que « toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait pure coïncidence », nous pouvons nous demander qui a pu lui servir de modèle pour camper le personnage de ce marquis.

La réponse se trouve peut-être dans ce passage :

« The « Chavanes » returning that evening, after seeing their guest to the main gate of the park, discussed the matter vhile they strolled in the moonlight, trailing their long shadows up the straigth avenue of chestnuts. »

Ce soir-là, après avoir reconduit leur invité (le recteur) jusqu’à la grille du parc, les « Chavanes » discutèrent de cette affaire en s’en revenant tout doucement chez eux au clair de lune traînant leur ombre longue dans l’allée droite bordée de châtaigniers.

Plus intéressant est ce renseignement que nous livre Conrad :

The marquis, a royalist of course, had been Mayor of the commune which includes Ploumar, the scattered hamlets of the coast, and the stony islands that fringe the yellow flatness of the sands.

He had felt his position insecure, for there was a strong republican element in that part of the country. »

Le marquis, royaliste bien entendu, était Maire de la commune qui englobe Plomar, les hameaux dispersés sur la côte et les îles rocheuses que bordent les plages de sable plates et jaunes.

Il sentait que sa position était peu sûre car il y avait un solide élément républicain dans cette partie du pays.

Conrad semble avoir très bien senti l’opposition qui existait alors entre le Conseil Municipal royaliste de Pleumeur et les île-Grandais en majorité républicains.

Cette appréciation du romancier se trouva confirmée par les évènements puisque deux ans plus tard, en 1898, les île-Grandais se virent contraints de passer par-dessus ce conseil pour s’adresser directement à l’échelon supérieur.

1898

Pétition des île-grandais

en raison de ce qui ressemble fort à une basse vengeance électorale

PÉTITION DES HABITANTS DE L’ÎLE-GRANDE À MONSIEUR LE SOUS-PRÉFET DE LANNION

 « Monsieur le Sous-Préfet,

 Les soussignés habitants de l’île-Grande, commune de Pleumeur-Bodou, ont l’honneur de vous présenter la requête suivante :

 Considérant

Que l’eau potable étant excessivement rare dans notre île,

  • Qu’à la suite d’une vengeance électorale, Monsieur de Roquefeuil a fermé un des rares puits lui appartenant,
  • Qu’auparavant, une bonne moitié de l’île prenait de l’eau dans ce puits,
  • Qu’à présent il ne reste pour ces personnes qu’une fontaine infecte et insuffisante,
  • Qu’il y va de la salubrité publique,
  • Que ces personnes ne demandent qu’à payer l’eau dont elles ont une absolue nécessité
  • Et que C’EST UNE PEU FORT QUE POUR AVOIR PRESQUE LIBREMENT MANIFESTÉ PAR NOS BULLETINS DE VOTE NOS OPINIONS RÉPUBLICAINES, toute une population soit privée d’eau, première condition de toute vie

 Émettons le vœu qu’un puits nous soit creusé dans le plus bref délai possible ou que Monsieur de Roquefeuil soit mis en demeure, pour cause de nécessité publique, de rouvrir celui qu’il a fermé le 3 août dernier.

 Dans le cas du creusement d’un puits communal, la plupart des gens veulent bien participer aux frais dans la mesure de leurs moyens.

 Dans l’espoir que vous voudrez bien accueillir favorablement notre requête et y faire droit, nous avons l’honneur, Monsieur le Sous-Préfet, de vous prier d’agréer l’hommage respectueux de nos meilleurs sentiments reconnaissants et dévoués.

Suivent les signatures »

Ainsi se trouve creusé , dès la première moitié du XIXe siècle (entre le Conseil municipal de Pleumeur-Bodou et les île-grandais) un fossé qui ne cesse de s’élargir avec le temps  .

D’autant que les activités artisanales et commerciales île-grandaises étaient profondément différentes des intérêts essentiellement agricoles des pleumeurois.

 

Ainsi, à la fin de ce XIXe siècle, sous la IIIe République, dépouillés des terrains communaux qui leur avaient été donnés par la Révolution (mais administrés par la noblesse aidée du clergé),

les île-grandais n’avaient même plus le droit, sous peine de sanctions, « d’exprimer presque librement leurs opinions républicaines ».

ACCUEIL
♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥♥

Base nautique de Pors Gelen

C’est en Bretagne que s’est démocratisée la pratique de la voile grâce à l’école de voile des Glénans, pionnière en la matière (1947), suivie de celles de Paimpol puis de l’île d’Arz (respectivement en 1965 et 1969).

L’idée fait son chemin puisque 1972 voit la naissance de l’Association BNIG (Base Nautique de l’île-Grande) dont l’ambitieux projet permettrait à l’île-Grande (en Pleumeur-Bodou) de ne pas se faire prendre de vitesse par les stations balnéaires environnantes…

1975

La municipalité de Pleumeur (dont Monsieur Penn est le maire) fait construire les locaux de la Base Nautique et les met à la disposition de l’association. Une convention d’occupation lie l’association à la commune.

Même si ce projet n’a pas fait l’unanimité, nombre de pleumeurois y ont vu l’opportunité de promouvoir le tourisme en rendant la commune plus attractive.

Le bâtiment sera implanté au niveau de l’ancienne carrière.

Cliquez sur les photos ci-dessous pour les agrandir 

Cliquez sur le diaporama pour augmenter sa taille d’affichage 

 

Plus bas, dans les rochers, c’est le rendez-vous des amateurs de pêche.

De jeunes île-grandais s’y rassemblent… (Ils font aujourd’hui partie du dynamique groupe des “Papys d’Enez Veur”.)

Les engins de chantier entrent en action… et la transformation du paysage s’opère.

Un jeune tient à immortaliser l’évènement. C’est Alain Loro, originaire de l’Ile-Grande. Il photographie le site avant et dès le début des travaux…

Cliquez sur les photos ci-dessous pour un meilleur affichage 

Les murs sont érigés, le bâtiment prend forme.

Cliquez sur le diaporama ci-dessous pour un meilleur affichage 

Pors Gelen jusqu’en 1975

La photo ci-dessous est issue d’un assemblage de deux photos afin d’obtenir une vue panoramique du Pors Gelen “de l’époque” ! Cliquez sur cette photo qui s’ouvrira sur une autre page…

La grande bâtisse a fait l’objet de nombreuses interrogations car  les personnes originaires de l’île-Grande n’en avaient aucun souvenir.

Heureusement, les archives des Côtes d’Armor nous en disent plus long

  • sur ce bâtiment (Il s’agit d’un bâtiment de soudiers)
  • et sur une construction voisine

comme le montre l’image ci-dessous.

La construction, à droite sur l’image, est une forge (de l’ancienne carrière de Pors Gelen).